Kudankulam - l'Inde double sa capacité nucléaire

A l'heure où Anne Lauvergeon sort en France un plaidoyer pour une stratégie nationale sur l'énergie et promeut une combinaison de sources propres partagées entre le renouvelable et le nucléaire propre, l'Inde s'apprête à mettre en route, au sud du Tamil Nadu, une centrale nucléaire de 2GW.

 

Rapide retour en arrière. En 1988, 2 ans après la catastrophe de Tchernobyl, Rajiv Gandhi et Mikhail Gorbatchev signent un pacte prévoyant la livraison d'une centrale nucléaire par la Russie à Kudankulam.

 

Très vite, des mouvements d'opposition citoyens, soutenus par l'Eglise Catholique mais pas par les partis communistes locaux, s'organisent autour de Anton Gomez.

En 2001, Atomstroyexport signe un accord final pour la construction de la centrale KKNPP.

25 ans plus tard,  Atomstroyexport est sur le point de commissionner la centrale et le mouvement de résistance continue !

L'Inde livre quelques leçons intéressantes, qui sont dressées par Down to Earth dans son édition du 1er avril :

- les durées longues caractéristiques des enjeux énergétiques.

- l'attrait formidable du nucléaire dans les pays émergents face aux contraintes énergétiques. Difficile de raisonner calmement, quand on est "coincé" entre la peur d'une contamination nucléaire possible et 10 heures de coupures de courant quotidienne. Au niveau mondiale, la zone Asie et Moyen Orient est celle qui a cru le plus vite entre 2000 et 2010 (+4,7%, contre une quasi stagnation au niveau mondial)

- le rôle nouveau joué par les médias. Tous les paysans tamouls se sont vu offerts à l'occasion des élections régionales une TV qui leur a permis de suivre la catastrophe de Fukushima

- le peu de cas fait par les autorités des 45 000 habitants des 27 villages entourant Kundakunam. Souvent pêcheurs, et craignant pour la vie marine autour de la centrale. Plus de 7,2 milliards de litres d'eau chaude seront rejetés à la mer au démarrage de la première tranche d'1GW.

- l'unanimité à présent à peu près totale pour soutenir le projet. Depuis le très respecté ancien président "scientifique" indien Abdul Kalam jusqu'aux deux partis majoritaires au Tamil Nadu.

- l'incroyable mouvement de résistance populaire, absolument pas manipulé par l'étranger ou par une quelconque autorité, mais au contraire autofinancé. Down To Earth cite l'exemple de pêcheurs qui, sur leur 400 euros de chiffre d'affaires, en déposent 10% dans une caisse de solidarité commune, ou d'habitants qui cotisent 3 à 4 euros par mois. Depuis le début de la grève de la faim de 15 activistes, c'est plus de 45 000 euros qui ont été réunis localement.